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Fort de Buoux, et bories de Claparèdes

jeudi 11 mai 2017

Au cœur du Lubéron, l’oppidum de Buoux fut occupé dès la préhistoire. Surmonté par le Mourre Nègre (1125m), caché dans les gorges de Lourmarin sur la route reliant Aix à Apt, à la confluence de trois vallons, l’oppidum contrôlait les migrations des troupeaux, le passage de tribus, le déplacement des troupes.

Alentour, sous la protection du Mont Ventoux, la terre des bories, sobres constructions de pierres sèches, offre aux randonneurs une nature préservée, alternance de forêts et de cultures méditerranéennes traditionnelles.

Dénivelé : 490 m Durée : 2h00 pour la visite de l’oppidum, 3h pour la boucle

Localisation : Grand Lubéron
A partrir de Lourmarin remonter les gorges en suivant la D 943 puis, à hauteur de l’ancien prieuré de St Symphorien, la D 113 en direction de Buoux. Avant Buoux la signalisation indique la route du Fort. La suivre.
Stationnement : Plusieurs petits parkings sont aménagés en bordure de route, près du ruisseau, et jusqu’au pied de l’oppidum.
Cartes IGN au 1 / 25 000 : 3142 OT

Voir la carte IGN
L’extrait de carte ne suffit pas pour randonner : il est indispensable de disposer de la carte indiquée.

Sous le couvert du Mourre Nègre (1125m), dominant la Durance, le Grand Lubéron est une succession de crêtes s’étirant d’est en ouest, face au soleil. Formées au crétacé elles ont servi de refuge dès la préhistoire. Leurs falaises ocres au grain lisse, faites de molasse urgonienne, constituent un domaine d’escalade recherché.

Toute l’année, l’eau résonne au fond des gorges, précipitant les carbonates dissous. Ils tapissent le lit de l’Aigue Brun d’une brune litière de feuilles calcifiées. Une riche ripisylve borde la rivière. Elle maintient au cœur de l’été une fraîcheur remarquable. Un sentier suit le cours des eaux, longe ses vasques, de belles et confortables baignoires ...

La piste contourne l’éperon, passe sous une grande baume [1]. Elle fut occupée au néolithique, et de nombreux témoignages en ont été extraits. Collée à la falaise, toute cernée de fleurs, une petite maison de pierre fait office de billetterie.

La gardienne connaît le nom de toutes les plantes de la vallée et de chaque pied de son parterre...

Le chemin d’accès à l’oppidum, formé de blocs énormes datant de la protohistoire, débute là. Il mène au bastion médiéval. Des habitations creusées [2] dans le roc le surplombent.

Une porte du XVIII siècle, un rempart décati du XVIème siècle, une tour d’angle [3], une tranchée défensive, une citerne.... cet oppidum ayant connu plusieurs millénaires d’occupations, les ouvrages se présentent dans un joli désordre qui fait la joie et le souci des archéologues. Et toute la beauté du lieu. Vieilles pierres taillées, polies, usées, colorées, jouant sous le soleil d’été avec le vert vernissé des yeuses, surplombant les verts profonds engoncés dans le vallon ...

Six murailles successives s’alignent sur le promontoire. Au cours des siècles, une même peur et un même besoin de se protéger. Le vieux village de Buoux est là, parmi les chênes. Combien d’âmes y vécurent ?

La maison citerne qui le domine pose la problématique de l’eau en pays calcaire. Des rigoles taillées dans la roche, des aiguiers, soulignent les efforts qu’ont du faire nos ancêtres pour éloigner les eaux de ruissellement des habitations et protéger les grains, tout en les orientant vers des citernes creusées à même la roche...

Les marches sont patinées, arrondies par l’usure.. "La pierre résiste au vent impérieux, mais cède au pied patient. L’escalier, pourtant désert, parle de son ami au pas lourd, à l’épaule blanchie par le crépi du mur. Tous les soirs, depuis des années, il monte vers un festin de soupe".
A Camus - La postérité du soleil

L’église du XIIIe siècle [4] présente des voûtes à l’appareillage soigné. Une grande salle voûtée la longe.

Puis viennent les habitations rupestres et toute une série de silos [5] Plusieurs silos de ce type sont visibles en Provence (Les Baux, Calès, etc...) creusés dans la roche, cernés d’une rigole, et qu’un opercule de pierre refermait. Ils sont situés sur le replat d’une roche calcaire homogène, sans fracture, au grain fin : de la molasse. Une roche relativement facile à creuser et étanche. Les parois entre chaque silo sont fines et certaines se sont brisées.

Chaque silo est profond. Il peut contenir 4 à 6 personnes. Il en est d’identiques dans les Alpilles aux grottes de Cales. Elles sont creusées dans la même roche et présentent aussi une rigole autour de leur bouche.

Vers le sommet du promontoire un premier fossé précède le premier rempart qu’une porte fortifiée contrôle. Puis un deuxième fossé suivi d’un deuxième rempart que surmonte une tour carrée à trois étages. Le corps de garde voûté est encore intact.

Puis viennent les restes d’un troisième rempart et le mur protohistorique qui fermait l’oppidum.

Suivent une maison forte, une nouvelle citerne, le troisième et dernier fossé que suit le troisième et dernier rempart, le pont levis, le donjon posé à l’emplacement même du site gallo romain, avec juste à coté, côtoyant le vide, la cuvette celto-ligure... Cette cuvette est une petite dépression creusée dans la roche. Elle correspond à l’assisse d’une construction de pierre ou de bois aujourd’hui disparue.

En montant vers le donjon laisser à hauteur des silos une poterne. Elle conduit à un escalier dérobé taillé à même la roche... et bien caché. Une double porte en interdisait l’accès.

Pour redescendre en direction du vallon de Serre il convient de l’emprunter. Suivre alors le GR de pays qui fait le tour des Claparèdes, en direction des crêtes où se dévoilent la Durance , l’abbaye de Sénanque, la chaîne des Côtes...

Pour rejoindre Seguin, prendre le GR9 et plonger plein nord sur l’arrête dorsale où les graminées dansent dans le vent. En face la plaine d’Apt, derrière le Ventoux. Retrouver le ruisseau de l’Aigue Brun, le gîte sous la falaise et le sentier au fil de l’eau qui ramène au parking.


Le Lubéron au XVIe siècle est marqué par les guerres de religion qui ne sont que des conflits d’intérêts. Au lendemain de l’arrêt de Mérindol (1545) le fort de Buoux devient l’un des points clefs de la défense vaudoise du Lubéron. Les calvinistes s’en emparent en 1574.

Désireux de reconquérir Buoux et venger son frère, Pompée de Buoux sachant le fort difficilement prenable, convie le chef des calvinistes à un repas, un traquenard : à l’issue du dîner il le fait arrêter et conduire au pied du fort et il menace de le tuer si la place forte n’est pas ouverte. Les protestants tenant leur chef en haute estime ouvrirent les portes et acceptèrent la reddition du fort...

Portfolio

  • Sous la baume, vue de la tour ronde
  • Sarcophage auprès de la baume
  • Chemin d'accès à la forteresse
  • Sous le rempart
  • Habitations creusées dans la roche
  • Porte de l'aire du Fort (XIIIe siècle)
  • Tour ronde d'angle (XVIe siècle)
  • Créneau du XIIIe siècle au dessus de la combe
  • Citerne autrefois voutée
  • Tranchée défensive
  • Corps de garde
  • Puits
  • Maison citerne
  • Eglise du XIIIe siècle
  • Portail de l'église
  • Baptistère dans la nef
  • Contrefort vouté de l'église
  • Vue générale sous la 1ère courtine
  • Silo (détail)
  • Silos protohistoriques
  • Habitation rupestre avec silo creusé à l'intérieur
  • Silo interne
  • Silos protohistoriques
  • Porte de la 1ère courtine
  • Tour carrée à 3 étages de la 2ème courtine
  • Silos face à la maison forte
  • Maison forte du XIIIe siècle
  • Citerne couverte au dessus de la maison forte
  • Troisièmes et derniers fosssé et rempart
  • Intérieur du troisième rempart
  • Cupule Celto ligure
  • Escalier dérobé
  • La muraille conservée cache l'escalier
  • Bas de l'escalier dérobé

[1La baume du Fort est le plus vaste abri naturel de la région (800 m²). Occupée à différentes époques, elle n’a pas fait l’objet de fouilles méthodiques vues les transformations opérées par le passage du chemin. Sur les parois des traces d’ancrage indiquent la présence de poutres. Alentour des sarcophages et une cuve creusés dans la roche laisse à penser qu’outre pour son habitat, le lieu a été lieu de sépultures. Il y a une vingtaine d’années, d’ailleurs, une vingtaine de sarcophages étaient alignés sous la baume. Sont ils devenus des abreuvoirs pour bétail ou des bassins pour résidences ?
Une lame de silex de 52 cm découverte sous la baume autorise à penser qu’elle fut occupée dès la fin du Néolithique.

[2Cet habitat rupestre, protohistorique a certainement servi à plusieurs générations, pendant des siècles, et peut être même à certains soldats du fort. Au dessus de l’ouverture des entailles marquent le rocher, sans doute des points d’ancrage pour un auvent.
Ce type d’habitat est courant dans tout le fort comme sur toute la commune de Buoux. La moindre grotte, la moindre baume porte des traces d’aménagement : rigoles de récupération d’eau, banquettes, consoles, niches, ancrages de poutres, d’auvent, appareillage de pierres...
Plus tard nombre de ces grottes ont servi de bergerie ou d’abri pour les bouscatiers, bergers et bandits postés sur la voie de communication que constitue les gorges de Lourmarin (grotte des brigands).

[3D’après la fenêtre de style Renaissance qui ouvre au nord, on peut dater la tour du XVIe siècle. Elle domine la combe de Serre, l’une des plus ancienne voie pour pénétrer ou franchir le Lubéron

[4L’ensemble des ruines du fort désigne exclusivement les époques médiévale (XIIe et XIIIe siècle) et moderne (XVIe et XVIIe siècle), le Fort étant édifié dans le courant du XIIIe siècle pour la version qui nous est parvenue et qui peut succéder à un bâtiment plus ancien.
Cette hypothèse est soutenue par des détails architecturaux de l’église qui révèlent des étapes de transformation avant la grande restauration de l’époque gothique.

[5Ces silos ne dateraient pas d’une époque protohistorique, mais seraient contemporains du Moyen Age. Ils étaient fermés par un couvercle en pierre, une rigole empêchait la pénétration des eaux de pluie, des joints de tissus ou fibres assuraient leur étanchéité.
La conservation des céréales dans un silo protège mieux les céréales contre les attaques de rongeurs que tout autre construction en pierres ou en bois. De plus le silo permet de cacher son ouverture en la recouvrant de peaux ou de planchers.