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Les moulins des gorges de Véroncle

mercredi 26 avril 2017

Aux portes de Gordes, dans ce pays du Lubéron où la pierre donne aux maisons une facture exceptionnelle, les gorges de Véroncle constituent une entaille profonde dans le calcaire.

Les vieux moulins des gorges de Véroncle sont des témoins importants de l’histoire préindustrielle et rurale de la Provence. Au nombre de dix, ils ont fonctionné du XVIe au XIXe siècle.

Les gorges renferment une végétation hygrophile, semblable à celle du Verdon. Sur les versants, les différents étages soulignent l’étagement de la végétation selon la raréfaction de l’eau et l’accroissement de l’ensoleillement.

Dénivelé : 260 m Durée : 3h00

Localisation : Grand Lubéron
A partir de Gordes prendre la D2 sur 3,5 kms et emprunter sur la gauche la piste de terre en direction du mas de Véroncle
Stationner en bordure de la piste, avant qu’elle ne devienne bitumée.
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Cartes IGN au 1 / 25 000 : 25 3142 OT

Voir la carte IGN
L’extrait de carte ne suffit pas pour randonner : il est indispensable de disposer de la carte indiquée.

Le sentier débute dès le premier virage de la route goudronnée, entre un gite et le moulin des Grailles. Situé à l’ouvert des gorges, le moulin des Grailles est le seul moulin encore habité. Il est aussi le seul à bénéficier d’un total ensoleillement.
Un panneau d’information se dresse au début du sentier.

Le sentier, fléché en jaune et rouge, s’élève sur le plateau avant de rejoindre la gorge.. Quelques passages sont équipés de chaines et échelons, mais ne présentent aucune difficulté.

La Véroncle
La Véroncle est un ruisseau intermittent. Son cours d’eau irrégulier obligea les meuniers à stocker l’eau pour faire tourner les moulins. Cette gestion de l’eau impose donc :

  • 1) de positionner une prise d’eau dans le lit du ruisseau. Une petite retenue et le départ d’un canal creusé dans la roche sont donc nécessaires. Une vanne dite "martelière" permet d’orienter l’eau à la demande vers le canal.
  • 2) le canal dit "béal" doit avoir une pente très faible pour amener l’eau , au point le plus haut, au dessus du moulin. Il est tantôt taillé dans la roche, creusé dans la falaise, bâti à flanc, renforcé de murets.
  • 3) La réserve dite "resclause" doit permettre au moulin de tourner plusieurs jours. Au moulin de Cabrier, premier moulin rencontré, la réserve initiale, aujourd’hui comblée par les alluvions, fut construite au XVIe siècle, à l’abri de la baume. D’une capacité médiocre, Benoni Cabrier la complèta en 1874 par un barrage dans un goulet, aujourd’hui également comblé.
  • 4) Le bassin en charge dit puits est accolé au moulin. Sa hauteur et sa verticalité déterminent la puissance de la colonne d’eau, donc la capacité à moudre.

L’originalité du moulin de Cabrier, le premier des moulins rencontrés, tient à son réseau d’alimentation en eau, qui exploite au maximum la topographie du lieu. Le barrage, le réservoir - le resclause - abrité dans la baume et le béal, tour à tour creusé ou construit, sont des ouvrages étonnants de génie et de simplicité.

Bénoni Cabrier en fut le dernier meunier. C’est en 1874 qu’il fait édifier le barrage encore en place. Ce moulin a fonctionné du XVIe au XIXe siècle. Il a été agrandi au cours du temps comme le montre l’arrachement de la façade primitive.

Schéma d'un moulin à roue horizontale
La force hydraulique
Il s’agit d’un moulin à roue horizontale, un système parfaitement adapté aux cours d’eau non permanents, où l’on utilise l’eau récoltée dans la réserve, la "resclause".
De la resclause, l’eau est acheminée par un canal, le béal, jusqu’au bassin en charge dit puits (1) dont l’objet est de fournir une colonne de pression maximale.
Le canon (2) et son verrou (3) régulant le flux, augmentent la pression et dirigent le flux sur le "roudet" (4) qui entre en rotation, entraîne l’axe, appelé "bassègue" (5) et la meule "courante".

Les meules
Les meules sont soit en molasse, provenant de carrières de la région (Ganagobie, gorge du Blavet, etc..), soit en silex, appelées "meules en carreaux", constituées d’un assemblage de plusieurs blocs cerclés de fer et importées dans la région.

Les grains à moudre
Les céréales portées au moulin, provenaient de la plaine du Limergue, entre Gordes et Roussillon. Il s’agissait de seigle, d’orge, d’épeautre et, au XIXe siècle, surtout de froment, céréale devenue culture dominante.

Schéma du circuit grain-farine
Comment la mouture se fait
Le grain descend de la trémie et passe dans "l’oeillard" (6) ; il est ensuite broyé entre les deux meules. Seule est en giration la meule supérieure (9) dite meule courante, entrainée par "l’anille", taillée en forme de X, au sommet du bassègue. La farine projetée vers l’extérieur par la force centrifuge de la giration de la meule est recueillie dans un coffre de bois, "l’arescle" (7) d’où elle pouvait être évacuée par un cylindre muni d’une vis sans fin, elle même actionnée par la force hydraulique.
La finesse de la mouture était déterminée par le niveau d’écartement entre la meule courante et la meule dormante. Cet écartement était commandé par "l’aiguille". Positionnée comme un levier, elle réglait la montée ou la descente du bassègue (5).

Jean de Marre
Le deuxième moulin rencontré est le premier moulin de Jean de Marre. Son linteau porte la date de 1800.

Le deuxième moulin de J de Marre est un moulin-ferme.
C’est le plus imposant des dix moulins de la Véroncle. Très isolé, il a été conçu pour un mode de vie autarcique. Différant par sa taille et ses fonctions, il fut occupé en permanence grâce à l’exploitation agricole qui y était adossée, qu’ atteste la porcherie.
Agrandi à plusieurs reprises, il se présente sur 4 niveaux.

  • - En haut le logement (1), identifiable à la cuisine : cheminée, évier, placard.
  • - Au dessous le grenier (2) où le grain à moudre était stocké avant d’être envoyé,
  • - à la meunerie, par la voute ouverte au XVIIIe siècle, sur un toboggan moulé en direction des meules (4).
  • - Sous les meules, le niveau le plus bas (5) était constitué d’une cave ennoyée où la turbine était positionnée.

L’eau descendait du puits (8) par une conduite forcée (7) afin de donner un pression maximale sur le roudet et ainsi mettre en rotation la roue horizontale qui entrainait bassègue et meule courante.

Coupe du moulin de J de Marre 2

Le grand moulin de Jean de Marre dépassé, suivre le panneau indicateur, quitter la gorge et gagner le plateau, direction Gordes. Le plateau atteint, ne pas se diriger vers le parking signalé mais prendre à l’opposé la piste qui, au niveau du panneau muséographique, descend vers l’est .
Sources :
Alpes de Lumière : Les moulins de la combe de Véroncle -
Dr. Olivier Clottu : "Les anciens moulins de Saint-Blaise et autres engins"
Edouard Baratier : "Histoire de la Provence"


Le parcours proposé ne suit que la partie basse des gorges, la partie la plus encaissée. Mais quatre autres moulins furent bâtis dans le cours supérieur : Le moulin des Étangs (1581), le moulin du Dévissé (1573), le moulin de la Charlesse et le moulin du Puits de Cata, tous quatre propriétés du seigneur de Murs, à la différence des moulins du cours inférieur, propriété de particuliers.

"Entre 1546 et 1584, Aymar d’Astouaud, seigneur de Murs, fit édifier au débouché de la combe de Véroncle, un barrage de 132 m2 destiné à fermer le lit du ruisseau. Cet ouvrage, désigné sous le nom de Barrage des Étangs, et dont d’importants vestiges subsistent aujourd’hui, formait un petit étang de pêche en contrebas du village de Murs et permettait d’alimenter en eau les moulins en aval" . Wikipédia

Il est possible de rejoindre l’ancien étang : le sentier se prolonge au fond de la gorge, à partir de J de Marre 2.
Pour le retour reprendre le même sentier jusqu’au moulin de la Charlesse. Là débute un sentier qui sort de la gorge, et après avoir traversé le bois de Jean de Marre, ramène au sentier retour précédent. Compter 2h30 de plus.

Portfolio

  • Gorge de Véroncle à l'ouvert
  • Moulin Cabrier
  • Moulin Cabrier : la porte vue de l'intérieur
  • Moulin Cabrier : meules et bassègue
  • Moulin Cabrier : bassègue
  • Moulin Cabrier : voute d'évacuation des eaux
  • Moulin Cabrier : puits
  • Moulin Cabrier : béal aux abords du puits
  • Moulin Cabrier : béal avant l'ancienne resclause
  • Moulin Cabrier : ancienne resclause comblée
  • Moulin Cabrier : béal au delà de l'ancienne resclause
  • Moulin Cabrier : béal avant la prise d'eau
  • Moulin Cabrier : barrage au delà de la prise d'eau
  • Moulin Cabrier : Nouvelle resclause comblée
  • Véroncle : versant ouest
  • Véroncle : dans le lit
  • Premier moulin de J de Marre
  • J de Marre 1 : linteau
  • J de Marre 1 : moignon de bassègue sous meule
  • J de Marre 1 : évacuation des eaux
  • J de Marre 2 : la ferme moulin
  • J de Marre 2 : vue sur 3 niveaux
  • J de Marre 2 : linteau
  • J de Marre 2 : oeil du bassège dans meunerie
  • J de Marre 2 : bassège dans la cave inondable
  • J de Marre 2 : façade est
  • J de Marre 2 : porte de l'habitation
  • J de Marre 2 : trappe au haut de la conduite forcée
  • J de Marre 2 : Martelière du puits
  • Véroncle vue sur le retour
  • Cabrier : barrage, béal, ancienne resclause, béal, puits